• Accueil
  • > La répression peut-elle arrêter le printemps arabe ?

La répression peut-elle arrêter le printemps arabe ?

  

 

  Après les événements qu’a connus l’Egypte dernièrement et la démission du Général Moubarak, les électeurs égyptiens ont donné leurs suffrages aux Islamistes et choisi démocratiquement  le docteur Mohamed Morsi comme président. La mauvaise gestion des affaires de l’Etat durant les trente années de « règne » du président militaire et la situation catastrophique que connaissait le pays sur les plans économique et social avaient conduit le peuple à se soulever contre le régime en place et à opter pour un gouvernement islamiste. L’Egypte n’est pas le seul pays arabe où les « barbus » ont accédé au pouvoir. La Turquie, la Tunisie, le Maroc et peut être demain bien d’autres pays de la région iront dans la même voie.

       Les Etats-Unis et d’une manière générale l’Occident ainsi que certains Etats arabes, vassaux de l’Américaine qui n’acceptent pas cette avancée fulgurante des religieux, sont–ils en mesure de la combattre indéfiniment ?

         Le 3 juillet 2013 Mohamed Morsi, président de l’Etat égyptien a été écarté par l’armée et retenu depuis dans les locaux de la garde républicaine. Cette mesure a été prise selon les responsables militaires à la suite des manifestations anti- Morsi au Caire et dans les grandes villes égyptiennes. Les hommes de la tenue expliquent leur décision par une question d’ordre et de sécurité. La volonté populaire qui s’est faite unanimement, selon eux, pour le départ de Morsi et la pression grandissante de la rue (14 millions de manifestants) leur faisaient un devoir de décharger le président de ses fonctions et de le mettre à l’abri. Parole de militaire, parole sacrée avec odeur de poudre.

        Supposons un seul instant que l’armée française ait tenu le même langage à la suite des manifestations contre le mariage pour tous, ces rassemblements humains qui avaient envahi les places publiques dans la plupart des grandes villes françaises. Supposons que les armées espagnole ou italienne aient également agi de cette façon après les événements qu’ont connu ces pays. Nous savons que ce n’est ni possible ni même imaginable dans un pays européen. Les protestataires de la place Tahrir au Caire, quel  qu’ait été leur nombre, ne constituaient aucun danger  pour la république égyptienne. De plus il n’y avait ni morts ni blessés graves. Pourquoi dans ces conditions s’en prendre au président Morsi et le décharger de ses fonctions ?

         Avant d’intervenir, l’armée suivait les événements en spectatrice pour ne pas dire comme instigatrice, selon de nombreux témoins. Aujourd’hui elle estime que les Islamistes dans la rue constituent un danger pour la sécurité. Les forces de l’ordre  tirent à balles réelles sur les manifestants, faisant des dizaines de victimes. Les adeptes du président déchu dénoncent partout ce qu’il appellent le coup d’Etat militaire. Ils crient d’une seule voix « nous sommes la légalité, nous sommes la révolution. Notre président qui a été élu par l’intermédiaire des urnes, ne peut être déchu que par les urnes. » Dans la plupart des pays arabes où le petit peuple est beaucoup plus proche des islamistes, on considère que l’armée égyptienne a commis une avanie et  une offense impardonnable à l’égard de ce grand peuple des Pharaons. Quelques moyens audio visuels contrôlés par l’Etat ont tendance à confondre aujourd’hui  ARMEE ET VOLONTE POPULAIRE, ce qui est rejeté par l’ensemble des observateurs pour qui les militaires n’incarnent pas le peuple et ne doivent en aucun cas se substituer à sa volonté.

       Maintenant essayons d’approfondir autrement les choses pour mieux comprendre ce qui se passe réellement dans ce pays du Nil. L’Egypte est une place stratégique et une plaque tournante dans le Moyen Orient, une contrée riche, convoitée par toutes les grandes puissances, une région qui abrite l’Etat d’Israël dont le conflit avec ses voisins arabes  n’arrive pas à trouver de solution. Les Etats-Unis qui sont les gendarmes du monde ne peuvent pas, par conséquent, ignorer ce qui se passe dans cette partie du monde, ni y tolérer une prépondérance de régimes islamistes, susceptibles de créer un déséquilibre dangereux des forces en présence Voila toute la réalité ! L’armée en Egypte  est une institution supra nationale. Les USA qui la subventionnent en grande partie,  en font une force pro américaine dont l’influence dépasse les frontières de ce pays. Après la chute du Général président Moubarak, l’autorité américaine s’exerce directement sur cette force armée, une base militaire déguisée.  Tout homme avisé en politique doit comprendre cette analyse.

       Le président Morsi qui était certainement conscient de la situation,  s’était justement attelé, avant d’être écarté, à retirer aux gradés militaires un certain nombre de fonctions clé dans le pays et à nommer à leurs places des Islamistes de sa confrérie. Certains secteurs importants de l’économie égyptienne détenus par des cadres militaires étaient sur le point d’être nationalisés, une avancée dangereuse et gênante sur un terrain que les gens de la tenue ont de tout temps considéré comme étant leur domaine propre. D’où le conflit ouvert entre armée et frères musulmans.

       La situation en Egypte est donc très délicate. Pendant combien de temps en effet l’armée peut elle continuer à  tenir en laisse des Frères Musulmans déchaînés et prêts à sacrifier leurs vies pour rester au pouvoir et se dégager de cette emprise des militaires. Tous les peuples de la région sont actuellement en ébullition et tentent d’une manière ou d’une autre de secouer le joug de leurs dictateurs émirs ou présidents à vie, manipulés par les Etats-Unis. L’Arabie Saoudite et les Emirats qui ont été les premiers à reconnaître le nouveau régime égyptien, n’ont–ils pas également été les premiers à accorder à l’Egypte une aide substantielle en dollars ?

      Cette politique américaine impérialiste qui consiste à combattre des mouvements religieux et nationalistes  soutenus par les masses populaires et à protéger leurs vassaux arabes, ces familles d’émirs et sultans vomis et rejetés par leurs peuples, est à notre avis une politique révolue.  L’avenir confirmera ce que nous venons d’écrire ici. Nous l’avons dit et répété plusieurs fois dans ces colonnes : si la jeunesse arabe adhère aux idées des Islamistes ce n’est pas tellement par attachement religieux par un sentiment d’hostilité envers l’Europe ou les USA.  Les jeunes musulmans veulent sortir de leur misère et s’épanouir. Ils n’admettent plus que les élites vivent dans des palais et palaces, envoient leurs enfants dans les grandes universités et qu’ils continuent, quant eux, à se mouvoir dans une société malsaine et à croupir dans les bidonvilles. Voyez comment les Européens se révoltent et passent à la casse chaque fois que leurs gouvernements osent toucher à leurs intérêts et à leur train de vie quotidien.  Pourquoi refuse-t-on un tel droit aux autres peuples ? Disons enfin que la jeunesse musulmane s’est réveillée à son tour et suit de près tout ce qui se passe et se fait dans le monde. Le temps des dictatures militaires et des royautés absolues appartient maintenant au passé. La révolution arabe est irréversible ! L’Occident doit le savoir s’il désire jouir de la confiance des peuples de Moyen Orient et du Maghreb..

 

Laisser un commentaire