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LES REVOLUTIONS ARABES: Vues à travers le prisme géopolitique

                        

 

 

       

 

    Le monde arabe connaît depuis quelques semaines une effervescence exceptionnelle. De l’océan atlantique au golfe persique les mouvements de contestation se sont propagés comme une traînée de poudre, gagnant presque tous les Etats de la région. Royautés, émirats ou républiques, pas un seul  régime n’est épargné.  Aucun service de renseignent occidental, même
la CIA,  n’a prévu ce sursaut des arabes, surtout avec une telle ampleur et une telle intensité.  

       Il est vrai qu’il existe dans ces pays une certaine opposition mais qui agit soit par des acteurs basés à l’étranger soit dans la clandestinité soit timidement et en sourdine. Les plus téméraires sont jugés et jetés dans les prisons. Des chefs d’Etat comme Kadhafi ou Asad ne tolèrent pas en effet que ce qu’ils considèrent comme des « politicards intrigants » se permettent de s’immiscer dans leur manière de gouverner. Les décisions de sa Majesté ou de Son excellence le président  ne sont-elles pas toujours  les meilleures et les plus sages ? 

      Ces dirigeants trouvent même un plaisir à rappeler à chaque occasion, le calme qui règne dans leurs « royaumes » qu’ils présentent comme étant la meilleure  preuve du bonheur dans lequel baignent leurs peuples et qui justifie selon eux, leurs « mandats à vie » à la tête de leurs pays. Jusqu’à l’année dernière les Moubarak et les Ben Ali n’étaient-ils pas aux yeux des occidentaux des chefs d’Etat amis?
La France,

la Grande Bretagne et encore moins les Etats-Unis avaient-ils jamais soufflé le moindre mot au sujet des élections et réélections interminables de ces Raïs arabes ou des grosses  fortunes qu’ils mettaient à l’ombre dans des banques étrangères?

       Pourquoi
la Russie et
la Chine ont-il beaucoup hésité avant de laisser passer la résolution       1973 de l’ONU ?  Eh ! Bien, au même titre que l’Egypte et
la Tunisie sont des amis pour l’occident,
la Libye,
la Syrie et l’Algérie sont les alliés traditionnels des pays de l’Est. Si jamais dans les prochains jours l’ONU est appelée à voter une résolution semblable à celle n° 1973 contre Bachar Asad ou la junte militaire algérienne il faut s’attendre à coup sûr  aux veto de
la Russie et de
la Chine et peut être même celui de
la France étant donné l’importance des relations humaines et économiques qui lient  ces grandes puissances avec ces pays. Le colonel Kadhafi qui a commis tant de crimes à l’intérieur comme à l’extérieur de
la Libye et jugé trop arrogant n’a pas, quant à lui, mérité cet égard en dépit d’une certaine sympathie de Moscou.

       Mais peut-on imaginer un seul instant que Washington puisse un jour venir au secours des populations opprimées dans les pays du Golfe ou condamner  le piétinement des droits de l’Homme au Koweït, à Oman et Bahreïn ?  Non les USA ne pourront pas le faire !Tous ces pays abritent des bases américaines et leur sol est riche en pétrole.

http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/empireamericain

      Cette région du Proche et Moyen Orient a toujours fait l’objet de convoitise et constitue pour les grandes puissances un appât économique et stratégique très important. Il en est de même s’agissant de
la Syrie qui reste, pour
la Russie, une fenêtre sur la méditerranée, un ami fidèle et un client pour la vente du matériel militaire et les échanges commerciaux. Néanmoins, ce ne sont là que des calculs à court et moyen termes. Le monde arabe est en constante évolution dans tous les domaines. Ses peuples et notamment sa jeunesse entrevoient l’avenir avec beaucoup d’ambition, exigeront désormais de leurs dirigeants l’élection d’instances parlementaires responsables et une plus grande démocratie. Et ce sera avec ces peuples et cette jeunesse que l’Occident devra traiter dans les années à venir et non plus avec des rois octogénaires maintenus au pouvoir et téléguidés  par les chancelleries étrangères. Je ne dirai rien des organisations islamistes, très actives dans les pays du Golfe et qui accordent aujourd’hui à
la Qaïda  l’essentiel de leurs moyens d’action. Rien ne sert de les combattre, puisque cela  ne fait qu’exacerber la haine de ces fanatiques qui voient en l’Occident un grand ennemi de l’Islam. C’est là une triste réputation qu’Européens et Américains devront absolument s’employer  à détruire. Les jeunesse arabe et musulmane  garderont toujours en mémoire  l’intervention en Irak, avec son carnage de milliers  de morts de personnes innocentes dont des femmes et des enfants ainsi que le soutien inconditionnel accordé à des régimes arabes impopulaires.

        Il est donc temps pour les USA comme pour l’Europe de concevoir dans leurs rapports avec le monde arabe une politique plus réaliste avec une vision à long terme et non pas des relations de circonstance et d’intérêt immédiat.

    

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