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LES REVOLUTIONS ARABES:Quel avenir ?

   

 

    L’année 2011 aura marqué le déclenchement de soulèvements dans bon nombre d’états arabes. Après
la Tunisie, l’Egypte,
la Libye, le Yémen,
la Jordanie, Bahreïn et peut être demain l’Algérie,
la Mauritanie ou le Maroc, les manifestations se succèdent et se ressemblent par leur ampleur sur le terrain, la détermination des habitants à mettre fin à la dictature et la similitude des revendications qui en sont à l’origine : désir de changement de régime et de dirigeants pour certains pays ou de comportement et de la politique suivie par les gouvernants dans d’autres états. Tous demandent de profondes réformes constitutionnelles, administratives et judiciaires et un droit de regard dans la gestion des affaires de leurs pays. Les jeunes générations arabes exigent en effet plus de démocratie, plus de justice sociale, une plus grande place pour eux dans la direction des affaires, une distribution plus équitable des richesses nationales, la fin du favoritisme et de la domination de la société par des princes et  certaines familles privilégiées.

     La jeunesse arabe au proche Orient est écœurée de voir tous les postes de responsabilité confiés presque exclusivement à des princes ou des proches de la famille royale, comme si  parmi les citoyens de ces pays il ne se trouve pas de personnes capables d’assumer de hautes fonctions de l’Etat. Tous les édifices du pays, les avenues, les grandes places, les aéroports etc. sont baptisés aux noms de rois et de princes. Les grands organismes sociaux  sont également dirigés par eux ou portent leurs prénoms.

     Trop imbus de leur pouvoir et de leur personne, ces grands hommes qui gouvernent le monde arabe ne se rendent pas compte du ridicule dont ils se couvrent aux yeux de la communauté internationale, quand ils se laissent embrasser la main par des « sujets trop dociles » qui leur font la courbette ?

     Ces monarques et présidents arabes veulent s’éterniser dans leurs fonctions pour continuer à jouir des richesses et des honneurs que ces fonctions leur procurent. Ils deviennent malades et presque drogués. La manifestation de soumission et l’allégeance quotidienne dont ils sont l’objet de la part des hommes qui les entourent, comme les louanges et les gestes obséquieux  deviennent pour le prince ou le président un besoin vital. Ben Ali et Moubarak sont alités depuis qu’ils ont été chassés du pouvoir et privés de cette « substance nutritive ». Quant à Kadhafi, il n’arrive pas encore à s’imaginer sans son accoutrement et son rôle de GUIDE DE

LA REVOLUTION LIBYENNE. Oui le pouvoir a grisé ces gens ! 

      L’avenir risque par conséquent de nous révéler d’autres Ben Ali, d’autres Moubarak et d’autres Kadhafi ! Les jeunesses arabes qui ont fait les révolutions dans leurs pays en ce début d’année attendent quant à eux un véritable changement dans les mœurs politiques de leurs nations. Ils espèrent voir émerger des urnes non pas des «  monarques » mais des hommes honnêtes prêts à servir leurs pays, des dirigeants décidés de se pencher sur les problèmes quotidiens de leurs concitoyens, de lutter contre la corruption et les disparités sociales, de remplacer les bidonvilles par des habitations décentes, de combattre la pauvreté et l’analphabétisme. Bref des gens qui viennent pour servir et non pas pour se servir. 

     Dans les royautés et les principautés les citoyens veulent avoir affaire à des premiers ministres élus et responsables  qui doivent rendre compte devant des instances parlementaires. Le roi ou le prince ne doivent pas, en même temps, régner et gouverner. Le peuple a le droit de contrôler et de sanctionner les mauvais gouvernants. Il ne peut pas le faire s’il n’a affaire qu’à des exécutants. C’est ça la véritable démocratie.   Un président de
la République ne doit pas non plus briguer plus de deux mandats, sans quoi on reviendrait au système des présidents à vie.

    Le problème de la démocratie dans le monde arabe reste par conséquent entièrement posé. Quelles constitutions, quelles élections, quels parlements, quels régimes pour l’avenir ? Quels choix politiques et sociaux ? Le changement intervenu dans les pays de l’Europe centrale et orientale à la fin des années 80 aura-t-il lieu dans les Etats arabes ? Aura-t-on des régimes islamiques à l’iranienne ou militaires avec des généraux à la tête ? La liberté d’expression et de la presse sera-t-elle tolérée ? L’enrichissement illégal sera-t-il dénoncé et sanctionné ? Tous les enfants et notamment ceux des pauvres seront-ils tous scolarisés ? Les ouvriers agricoles seront-ils moins exploités et mieux payés ? Les jeunes de 18 à 30 ans seront-ils moins tentés par l’émigration vers l’Europe pour survivre ?   Ce ne sont là que quelques questions qui sont posées ça et là dans les milieux intellectuels et populaires arabes qui n’osent pas encore croire à la fin de leur calvaire.   

    Le changement des dirigeants à lui seul ne résoudra pas les problèmes du monde arabe. Ce qu’il faut changer c’est l’esprit, c’est la manière de gouverner, c’est la conception que les responsables dans ces régions se font du pouvoir, de la démocratie et du respect des droits de l’Homme.

 

                              Mohamed  BOUHOUCH 

                   

           

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