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LA TUNISIE DE L’APRES BEN ALI

                 

    Les événements qu’a connus
la Tunisie ces derniers jours ne cessent de soulever les commentaires les plus divers. Pour certains il s’agit là de la première révolution dans un pays arabe. Pour d’autres c’est un MAI 68 maghrébin susceptible de servir d’exemple aux régimes voisins voire à plusieurs autres états arabes. Mais ne faut-il pas d’abord attendre la suite des événements avant de se lancer trop hâtivement dans l’analyse et la portée d’une conjoncture aux développements encore incertains ?

    L’Egypte a connu plusieurs fois des manifestations de rue aussi  sanglantes et beaucoup plus importantes et pourtant le président Moubarak ne s’est pas enfui comme Ben Ali. Casablanca a vécu dans les années soixante de chaudes journées d’émeutes. Cela n’avait pas  changé pour autant le destin du régime marocain.

    Plus récemment encore en Algérie des manifestations succèdent les unes aux autres. Elles ont les mêmes causes et les mêmes motivations que celles de
la Tunisie, à savoir la dictature de dirigeants impopulaires, la cherté de la vie, la corruption et les détournements des richesses nationales au profit d’une minorité de malfrats. Et pourtant Bouteflika et ses généraux sont  toujours là.

    Si le président Ben Ali est tombé c’est qu’il a été lâché par les hommes forts de son armée. Les militaires qui n’ont rien entrepris pour mater l’insurrection ont du certainement conseiller pour ne pas dire imposer au président de partir…Leurs services de renseignement ne devaient pas certes ignorer  le degré d’impopularité atteint ces derniers temps par le chef de l’Etat et toutes les rumeurs qui circulaient parmi les intellectuels et les jeunes au sujet des malversations commises par la première dame de
la Tunisie et les membres de la  famille Trabelsi.                                            

               QUEL AVENIR POUR CE « MAI 68 MAGHREBIN » ?          

     Le régime de Ben Ali est tombé. Une partie des Tunisiens crient victoire et entrevoient l’avenir avec optimisme. Pour la jeunesse la chute du « dictateur » va ouvrir de nouveaux horizons et permettre enfin l’institution d’un régime démocratique. Pour beaucoup de Tunisiens plus prudents et surtout plus réalistes, l’avenir du pays reste très incertain. Le départ de Ben Ali va entraîner le retour sur la scène politique nationale de tous les ténors de l’opposition avec pour chacun d’eux une vision différente quant à la forme de cette IIIe République. Si Ahmed Chebbi, Moustafa Jaafar,et Ahmed Ibrahim, respectivement chefs des partis : démocratique progressiste, Forum pour le travail et la liberté et Ettajdid, ont accepté de participer au nouveau gouvernement, il n’en est pas de même pour Moncef Marzouki leader du Congrès pour
la République qui a qualifié la nouvelle équipe gouvernementale de mascarade et Hamma Hammami chef du parti communiste tunisien qui a tout simplement refusé de reconnaître le nouveau gouvernement qui comprend en son sein six ministres de l’ancien régime. Radhia Nasraoui, militante des Droits de l’homme, considère quant à elle que ce nouveau cabinet est illégitime.

      Il est donc aisé de constater qu’après moins de vingt quatre heures de sa formation le nouveau gouvernement Ghannouchi est déjà rejeté par une grande partie de la classe politique tunisienne. Cette situation laisse deviner que les prochaines élections si jamais elles sont organisées, donneront lieu à une mosaïque de petits partis politiques et groupes sociaux très difficiles à s’entendre pour former une coalition gouvernementale susceptible d’assurer une stabilité politique durable.

     Il est donc fort à craindre de voir le pays basculer dans une situation incontrôlable qui pourrait être exploitée par les Islamistes ou amener les militaires à s’emparer du pouvoir. Le monde entier attend  avec impatience et curiosité ce qui va se passer en Tunisie au cours des prochains mois. Le temps va par conséquent nous apprendre si les Tunisiens se comporteront en peuple mûr, apte à cohabiter dans un régime démocratique ou nous montrer au contraire que leur «  Intifada » n’est qu’un feu de paille, provoqué par la colère passagère d’une jeunesse désabusée par les injustices et la corruption de l’ancienne administration. 

    Disons enfin que la situation précaire qui prévaut au Liban, en Irak et entre les différentes fractions palestiniennes, nous fournit le meilleur exemple quant au peu de chance d’instituer dans un Etat arabe quelconque, un régime démocratique stable.

                                                           Mohamed  BOUHOUCH 

       

                           

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