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LES JUIFS MAROCAINS : DES CITOYENS A PART ENTIERE

                  LES JUIFS MAROCAINS : CITOYENS A PART ENTIERE 

 

       La présence juive au Maroc remonte aux temps les plus anciens. Arrivés avec les Carthaginois et les Phéniciens en Afrique du Nord dès le IVe siècle avant J.C,  plusieurs familles juives s’installèrent au Maroc et s’adonnèrent à des activités commerciales.

       S’intégrant facilement aux populations locales, les juifs devenaient les meilleurs intermédiaires  et interprètes entre les indigènes et les Etrangers qui se sont succédé dans la région et notamment avec les Romains implantés à Tinjis(Tanger), Volubilis (environ de Meknès), Chellah (Salé). Des inscriptions funéraires en hébreu remontant au IIe siècle avant J.C, ont été découvertes à Volubilis et à Tinjis.

       Après la destruction du Temple de Jérusalem en 571 avant J.C, d’autres juifs ont fui le proche Orient et sont venus s’établir en Afrique du Nord et notamment au sud du Maroc et au Moyen Atlas où ils pratiquaient le commerce de l’or et du sel.  

        Bien sûr, la vie de cette population juive qui n’a pas toujours été sans problèmes, a connu une alternance de périodes de prospérité, comme avec les Romains et les Vandales, et des années d’infortune avec les Byzantins qui les auraient persécutés et dépossédés de leurs biens.

                   

LA SITUATION DES JUIFS AU MAROC 

                          Après l’arrivée des Arabes 

        Les premières expéditions arabes, conduites par Oqba ben Nafii, arrivèrent au Maroc en 682. Au début des années 700(705 selon certains historiens) la conquête du Maghreb el Aksa (le Maroc actuel) allait se faire avec Moussa ibn Noussaïr et Tarik ibn Zaydan et ce, après des batailles plus ou moins âpres, avec les berbères autochtones. Avec la conquête commença l’islamisation des habitants, ce qui fut fait, semble-t-il, sans grande difficulté, les indigènes ayant adhéré en masse à la nouvelle religion. Pour d’autres auteurs, les berbères ont embrassé l’islam pour éviter d’être réduits à l’esclavage.

        Qu’en est-il maintenant des juifs et des chrétiens fixés depuis déjà très longtemps dans la région ? Le cas des autres religions du Livre s’était posé bien avant dans les pays du Proche et du Moyen Orient. Les nouveaux gouvernants arabes leur avaient laissé le choix d’adhérer à l’Islam ou de garder leur religion, en étant soumis au kharaj, un impôt auquel étaient astreints les non musulmans, redevance supprimée d’ailleurs depuis longtemps.  

         La juifs installés au Maroc l’étaient et le sont de père en fils, depuis maintenant presque 2000 ans. Complètement intégrés aux populations et aux tribus berbères, ils en avaient adopté la langue, les habitudes et les modes de vie, bien entendu tout en gardant jalousement leurs propres coutumes ancestrales et leurs pratiques religieuses.

         Comme tous les autres habitants, ils s’adonnaient à diverses activités économiques : agriculture, élevage, commerce, petits métiers. Mais avec le temps et la succession  de plusieurs dynasties, aux hautes instances de l’Etat, avec les heurts que cela entraînait entre gouvernants et gouvernés, les juifs ont commencé à se regrouper dans les centres urbains et à vivre en communauté, pour mieux être à l’abri.

         Au IXe siècle, le roi Idriss II rassembla les juifs dans un quartier, appelé Mellah,  entouré de hauts murs pour les protéger d’éventuelles violences des arabes.

         Depuis, d’autres Mellahs ont été édifiés dans les principales villes marocaines. A noter cependant que seuls les juifs de modeste condition résidaient en ces lieux.

                              LES JUIFS COMME LES MUSULMANS 

                                 Sujets du Roi du Maroc 

         La communauté juive du Maroc qui comptait environ 300.000 âmes dans la première moitié du siècle précédent, a de tout temps, bénéficié de la plus grande bienveillance des souverains chérifiens qui  considéraient les juifs comme des sujets marocains, au même titre que tous les autres habitants du Royaume. Cette sollicitude à l’égard des juifs a atteint son sommet avec le roi Mohammed V qui, durant la deuxième guerre mondiale et bien que se trouvant à la tête d’un royaume placé sous protectorat  français, a pesé de tout son poids pour protéger ses sujets juifs des persécutions des Allemands nazis. En effet, Philippe NOGUES, alors résident général de
la France au Maroc, s’étant allié au Régime de Vichy, a signé l’armistice avec l’Allemagne hitlérienne et épousé ses thèses raciales, acceptant ainsi la déportation des juifs marocains dans des camps de concentration, décision que le Roi Mohammed V a repoussé et déployé toute sa perspicacité pour expliquer que ses sujets ne devaient pas être distingués par leurs race ou religion mais par leur seule qualité de Marocains, et, en tant que tels, aucun de ses sujets ne devait être inquiété.

        Robert Satloff, auteur d’un livre sur les persécutions juives pendant la deuxième guerre mondiale, écrit dans un article, paru dans le Washington Post qu’il « milite pour la reconnaissance officielle de ces héros arabes de l’holocauste qui, anonymes ou connus comme MOHAMMED V, méritent d’être inscrits parmi les justes des nations pour avoir ouvert le cœur aux juifs durant les persécutions nazies ».

       Apres l’indépendance du Maroc, le premier gouvernement du pays comportait parmi ses membres, un ministre de confession juive, en la personne de Léon Benzaquen, nommé au département des PTT.

        En plus de Serge Berdugo nommé ministre du Tourisme sous le règne d’Hassan II, un grand nombre de juifs occupent encore aujourd’hui de hautes fonctions dans l’administration marocaine, sans parler d’André Azoulay, conseiller auprès, successivement des  Rois Hassan II et son fils Mohammed VI.

        Après la naissance de l’Etat hébreu en 1948 et les conflits armés entre Israël et ses voisins arabes, un grand nombre de juifs, ayant pris peur ou victimes de propagandes, ont quitté le Maroc pour se rendre au nouvel Etat ou pour s’installer en Europe, aux USA et au Canada. Cet exode se fit en plusieurs étapes et notamment entre les années 1950 et 1960.

              PARTIS, MAIS RESTES  FIDELES A LEUR MAROCANITE 

       Qu’ils soient aujourd’hui en Amérique, en Europe ou en Israël, les juifs marocains n’ont pas cessé, pour la plupart, de vivre comme à Casablanca et à Fès : cuisine marocaine, musique marocaine, dialecte marocain.

         Un grand nombre parmi eux continuent de venir ou d’envoyer leurs enfants au Royaume, une sorte de pèlerinage à des lieux qu’ils ont tellement aimés et auxquels ils sont restés fidèlement attachés. La colonie marocaine des juifs d’Israël compte parmi les plus importantes de l’Etat hébreux. Ils ont emporté avec eux leurs habitudes et leur folklore. A l’occasion d’une fête familiale, tout le monde a l’impression de se trouver encore au Maroc.

         Cette nostalgie de leur pays natal  s’explique aussi par les liens étroits qui ont toujours existé entre juifs et marocains qui ont longtemps vécu dans une totale symbiose, souvent associés dans un commerce ou voisins de palier. Des femmes musulmanes et juives, voisines ou habitant la même maison, donnaient leurs seins aux bébés, l’une de l’autre, chaque fois que l’une d’elles s’absentait. Que d’enfants juifs et musulmans sont aujourd’hui frères et sœurs de lait sans le savoir. Cela n’existe dans aucun autre pays au monde.

         Disons enfin que beaucoup de marocains qui se sont rendus au Canada ou aux Etats-Unis ont été surpris et émus par l’accueil chaleureux et fraternel des Israelites d’origine marocaine, résidant dans ces pays, auprès desquels ils disent avoir senti une sincère et profonde affection à leur égard.

       

      

        

      

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